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13/10/07 - Rock - Entretien (4)
Il va mourir de bonne heure alors ?
Je ne sais pas. Mais c'est dans ce que je pouvais projeter d'eux deux. Deux personnes qui peuvent partir non pas d'un univers commun mais qui ont quelque chose en commun. Après, c'est peut-être plus dans leur démarche…
C'est peut-être parce que je vois les choses différemment de toi que je suis dans une autre perspective. Je trouve que Dominique A a accédé finalement assez rapidement à une certaine renommée puis à une grande exposition avec La Mémoire neuve, qui semble l'avoir mis en difficulté au point de devoir faire Remué ensuite - et on le sent encore dans une période un peu intermédiaire -, tandis que Katerine a eu un parcours beaucoup plus progressif avec une explosion populaire tardive mais qu'il semble mieux gérer et digérer…
Mais je crois que Philippe il était dans ce fantasme-là depuis le départ. Je m'en rappelle, dès les premiers temps. Il a tout de suite été d'accord pour passer chez Jacques Martin. Dominique A, il est plutôt dans l'excès inverse. Dans une maîtrise de son image… Enfin, l'un et l'autre sont dans une maîtrise de leur image mais Dominique est peut-être plus dur avec lui-même. Le jour où il a sorti ce single, Twenty-two bar, c'était bien. Ce n'était pas une chanson honteuse mais il l'a mal vécu. C'est dommage parce qu'un single comme ça te permet de faire découvrir les chansons qu'il y a autour. Et puis, ce n'était pas un truc de pute, il ne faut pas exagérer ! Mais, bon, je ne sais pas trop. Et puis, tu sais, j'en ai marre de faire des interviews où on parle pendant une demi-heure de Dominique A et de Katerine (rires). Je ne sais pas si ils parlent tellement de moi, dans leurs interviews (rires).
Si, bien sûr, mais la presse le censure, évidemment ! Pour finir là-dessus, Dominique et Katerine ont choisi de quitter Nantes pour poursuivre leurs carrières alors que vous êtes restés à Nantes : est-ce que cela a changé quelque chose à la carrière du groupe et était-ce une volonté de rester provinciaux ?
Je ne sais pas si ça a changé quelque chose à notre parcours. Déjà, eux, ce sont des individus et nous comme nous étions un groupe, c'était important d'être au même endroit. Si tu veux travailler ensemble, c'est plus dur par correspondance, avec les voyages en train et tout ça. Après, moi, je ne pourrais pas vivre à Paris. Dans une autre capitale, peut-être mais… En même temps, j'aime bien les villes comme Nantes. Avant, j'ai habité à Rennes, puis Angers. Et puis je ne crois pas que tout se passe à Paris. Je crois que c'est une des villes que je déteste le plus en France. Je n'aime pas la mentalité des gens, le public. Bon, le public de Nantes est particulier parce qu'on est de Nantes : tu joues dans la ville où tu connais plein de monde alors c'est assez particulier, évidemment. Mais le public de Nantes, c'est le même que celui des autres villes de province : il y a un bon esprit. A Paris, tout à coup, c'est différent. Je vais te raconter un truc : un fois - je ne sais pas comment je me suis retrouvé là-dedans -, je suis allé au Paris-Paris, on m'avait dit que c'était LA boite la plus branchée de Paris et quand je suis rentré là-dedans, je me suis dit : "Merde, Paris, c'est ça !?". Je ne sais pas si tu es allé dans des boites à l'étranger mais quand on t'indique une boite branchée, que tu y vas, je ne sais pas, il y a quelque chose ! Là, tu arrives dans des espèces de pseudo-merdes, soit-disant hype et qui sont horribles… Voilà ! Pour moi, Paris, c'est ça. Après, c'est évident qu'il y a des gens cools mais moi, je me sens bien dans des villes plus petites et où tu restes anonyme. La semaine dernière, on s'est retrouvés à faire de la promo et on a finit dans une soirée du Mouv', je crois que c'était pour leurs dix ans : c'est pas mon truc, ce genre de machins. Tu croises dix losers au mètre carré et tout le monde essaie de faire son petit truc là-dedans, de gratter… Au bout d'une demi-heure, tu te demandes ce que tu fous là et tu sautes dans un taxi !
En tant que Nantais et musicien professionnel, tu penses quoi du développement de la zone du Hangar à bananes concomitante à une application plus stricte des limites de bruit et d'heure appliquées aux bars musicaux du centre ville ?
Le Hangar à bananes, j'y suis allé deux ou trois fois et c'est vraiment pas ma tasse de thé. Je ne sais pas si c'est du racisme ou quoi mais je n'aime pas trop la population que tu y croises. J'ai l'impression de me retrouver un peu dans une fête "tonus". Quand tu es là-bas, il y a autant de monde dehors que dedans mais il y a tout à inventer car ils ont tout pré-inventé. Il y a soi-disant des bars à thèmes. Ca me fait penser à ces soirées tonus qu'on faisait où les types inventaient des bars à thème : des fois, on allait jouer dans des trucs comme ça, on faisait des hold-up parce qu'ils avaient plein d'argent. Et tu avais un bar à thème sur tel délire, un autre bar à thème sur tel autre délire alors que, pour moi, le B-A BA d'un bar, c'est de s'inventer en permanence. Il y a des bars que j'aime vraiment parce que, petit à petit, en y allant, tu rencontres le gars qui le tient. Et puis, tu en parles à tes amis : "Tiens, en ce moment, je vais là-bas et c'est pas mal", et tu peux emmener tes amis découvrir ça et la population s'invente. Au Hangar à bananes, j'ai l'impression qu'ils ont voulu inventer quelque chose mais sans savoir aucune connaissance de comment les choses s'inventent.
Ex-nihilo !
Ouais ! Et puis, mettre comme ça sept bars côte à côte, c'est presque gerbant.
En fait, je pensais aussi au sort qui était fait aux bars musicaux du centre-ville, avec ce phénomène des vases communicants qu'on peut craindre : tu as ce lieu où tu peux jouer du métal ou ce que tu veux, très tard, et les bars du centre ville où même un concert acoustique doit s'arrêter à 22 heures sous risque de représailles… Ca, c'est une autre sorte de hold-up…
En ce moment, c'est ça ? Moi, je trouve ça déplorable parce qu'un centre ville, il faut que ça vive de tout et il faut que ça vive aussi de la nuit. Des ambiances de bar, des endroits où tu peux aller à pied. Quand tu habites dans le centre ville, ce n'est pas parce que c'est censé être un endroit de vieux, ça doit être aussi un endroit pour les vieux mais pas seulement. Ca doit être un endroit de mélange. Et puis, bon, quand tu y penses, c'est quand même super d'aller voir un concert dans un bar. Bon, je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe mais si vraiment il y a cette envie de vases communicants, ce n'est pas bien : là-bas, tu n'as pas envie d'y aller. Attends qu'il fasse un peu froid et tu auras encore moins envie d'y aller. Tout le monde ira en bagnole là-bas parce que personne n'habite là-bas, il y aura les flics tout le temps. C'est grotesque ! Si les bars du centre ville ont eu un peu peur de ça, je crois qu'ils doivent être un peu rassérénés aujourd'hui. Ils doivent voir revenir leurs clients.
Toi qui a souvent chanté l'abus d'alcool, tu penses quoi du projet de plan anti-alcool envisagé par le Préfet et relayé par Jean-Marc Ayrault ?
Moi j'aime boire, j'aime fumer, j'aime l'ébriété. Je n'aime pas tout le temps être bourré non plus. Mais je trouve que c'est des moments de grâce aussi, parfois. Et je trouve que ça fait partie de la vie. Après, il faut éviter de conduire, bien sûr, mais sinon, tu peux te balancer dans l'Erdre, c'est ton problème, quoi ! (rires) Et puis tomber dans le coma parce que tu as trop bu, ben voilà, c'est un tout. J'ai l'impression que ça a toujours existé ce truc-là. Ce n'est pas en faisant des plans anti-tout ça que ça va changer quelque chose. Ou alors, il faut carrément arrêter de les vendre, ces produits. Mais ce serait horrible : je ne crois pas qu'il y ait des sociétés qui aient vécu sans ça. Tu ne peux pas être dans la réalité tout le temps. Pour moi, c'est quelque chose d'important. Etre dans ce genre d'excès ou ce genre d'exaltation. Il faut faire cohabiter ces deux mondes-là. Il faut vivre avec. D'ailleurs, je crois que les élus aiment bien boire des coups, tu sais. N'empêchons pas ça !
Propos recueillis par Lionel Delamotte
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