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13/10/07 - Rock - Entretien (3)
A propos des femmes dont tu as besoin en ce moment, j'ai entendu dire que tu avais fait un clip avec les strip-teaseuses du Cabaret Burlesque…
Oui ! Mais, ça, c'est une idée d'Eric. C'est une bonne idée, en tout cas. Il leur a proposé de participer. On joue sur une scène et Gaétan a filmé. Il a filmé leurs numéros aussi et, petit à petit, les gens s'immiscent dans notre concert et ça devient un peu n'importe quoi, complètement débridé. C'était super. On a fait ça en un soir. Ce sont des gens formidables, ils sont incroyables. Elles sont totalement décomplexées, et ça les rend belles ! Parce que ces filles sont quand même de toute forme, elles ne rentrent pas dans des canons particuliers, mais elles vont tellement au bout de leur personnage… Et cette facette de leur personnalité a l'air d'avoir pris le pas sur leur quotidien, sur leur naturel. Elles sont là-dedans en permanence. Après, je ne sais pas comment ça se vit, ça. Mais il y a quelque chose de drôle : tu sais, elles sont toujours habillées comme ça (c'est-à-dire assez peu vêtues, ndlr) et, quand tu discutes avec elles, il y a quand même quelque chose de très naturel. Je me souviens de l'une d'entre elles, quand elle fait tomber quelque chose par terre, comme tout le monde elle le ramasse mais d'une façon tellement provocante - mais sans y prêter attention… ce que j'aime bien, c'est que c'est encore plus provocant. C'est comme ça. Et donc, tu peux parler tout naturellement avec une nana qui a des gros seins à l'air. Tu n'es pas du tout gêné et c'est marrant qu'elles arrivent à transmettre ça.
Tu en parlais un peu avant, en disant que le nom The French Cowboy & The German Dudes était un peu inspiré par Nick Cave & The Bad Seeds : je trouve que, dans la présence des choeurs, très bas et graves, et dans les ballades souvent mid-tempo, il y a aussi une forte influence de Nick Cave dans ce disque…
(L'air un peu surpris…) D'accord ! Non, c'était pas du tout un effet recherché. En fait, pour tout te dire, au départ, c'était tout le temps Stéphane qui faisait les choeurs et là, ce qui m'intéressait, c'était plus d'avoir un "tuyau" des trois. Jusqu'ici, Eric a chanté un peu mais très rarement ; et Gaétan presque jamais. En même temps, comme on a notre local, on peut chercher et s'entraîner et l'idée c'était que tout le monde chante, qu'on soit toujours trois chœurs. Alors quand ça ne fonctionne pas pour un, on va chercher la voix qui est à sa hauteur. Gaétan a une voix plutôt grave ou alors assez aiguë - il n'a pas un grand prisme mais deux possibilités : voix de tête ou voix grave -, Eric est plutôt dans les graves et Stéphane, lui, sera plutôt dans les aigus. En cherchant, ça a donné cette voix-là, on n'était pas dans une recherche particulière. Je crois que, pour chaque chanson, on a essayé de faire avec la voix de chacun, en chantant doucement, en essayant d'être harmonieux mais en utilisant le timbre de chacun pour arriver à quelque chose qui soit authentique, qui soit leur voix. Et c'était vachement bien. Parce que, du côté de la musique, on n'est pas allés dans des fioritures, c'est "no solo", l'important c'est cette sorte de mini-chorale et le fait de faire chanter des gens qui ne sont pas habitués à le faire. Et c'est vraiment inestimable car, en concert, je me retrouve avec tout le monde qui chante et, tout d'un coup, tout le monde est à fond parce que c'est pas pareil de ne jouer que d'un instrument. En chantant, tu es dans autre chose, c'est une autre dimension. C'est la dimension qui dépasse la musique, presque, puisque la musique reste assez squelettique. Mais, non, c'était pas les Bad Seeds. Mais, bon, on n'a rien inventé non plus.
Quel bilan tu tirerais de ta période avec les Little Rabbits et de ta période avec Héléna ?
Chaque expérience était importante. Il y en a eu une qui a été plus longue que l'autre parce que, mine de rien, avec les Rabbits, on a inventé notre métier presque à vie. On a commencé ensemble, ça a été notre premier groupe. On l'a gardé dix-sept ans, on l'a gardé tant qu'on a pu. On a réussi à tenir même si on n'a jamais vendu tellement de disques. On a réussi à tenir ça… et on s'est bien amusés. Et puis avec Héléna, c'était un peu la première fois que je tenais un truc, que je faisais un truc autrement qu'avec les Rabbits, que je menais de A à Z… C'était la première fois et ça m'a beaucoup servi. Parce que c'est important, je trouve, d'arriver à se fouiller au maximum, de faire ses propres erreurs, de n'avoir de compte à rendre qu'à soi-même. Il y a quelque chose que j'aime assez là-dedans. On bossait en trio, moi, Héléna et Jim, mais j'avais leur confiance. Ca m'a fait gagner en assurance.
Qu'est-ce qui vous a conduit à créer votre maison de disque, en ces temps téléchargeables ?
Je crois qu'il y a plusieurs raisons à ça. D'abord, à mon avis, notre âge : on se sent capable de mener plusieurs choses de front autour d'un projet. Il y a l'équipe que l'on forme car on est quand même huit. On est des personnes assez différentes, avec une volonté particulière. Il y a dix-sept ans que l'on travaille avec des maisons de disque et tant qu'on était un groupe d'individualités, on se laissait porter par ça mais à partir du moment où tu t'arrêtes et que tu réfléchis un peu, tu te dis que cette grosse maison de disque, elle ne nous aurait jamais emmené nulle part ! Le rapport que j'ai eu avec Barclay, c'est quoi ? C'est : "Vous êtes un groupe français ? Nous, on sait travailler les groupes français… en France !". Sauf que, nous, on était l'éternel "groupe en développement" et en fait, on était presque toujours aux antipodes de nos fantasmes. Moi, ça m'est égal de vendre 10 000 albums en France, même 5 000, même 2 000. Pour moi, l'important, c'est d'en vendre un peu partout, même si c'est 1000 là, 3000 ici, et 2000 là. L'important, c'est de voyager en faisant de la musique, de rencontrer d'autres cultures. Et tout ce format que nous proposait Barclay, ça peut marcher pour des Florent Marchet ou des gens qui… - euh… j'ai dit "Florent Marchet" pas spécialement contre lui en particulier mais parce que je disais "Ca peut marcher" et "Marchet", ça m'est venu comme ça ! (rires). Ce que je veux dire, c'est que ça va pour des gens qui s'inscrivent dans une chanson française. Après, tu élargis aux pays francophones et puis après… Pour nous, ça ne marche pas ces trucs-là. On était trop spéciaux. A la limite, notre musique actuelle peut intéresser autant un français qu'un allemand. Petit à petit, on s'est dit que si on montait notre structure on allait s'acoquiner avec un distributeur qui sera à notre taille et avec d'autres gens qui sont à notre taille et qui ont le même engouement pour les mêmes choses, la même volonté. C'est super palpitant. Quand on l'a rencontré, on a fait le constat qu'on parlait de la même chose avec notre distributeur. Nous, on invente notre façon de faire, petit à petit.
Et Havalina Records, c'est destiné seulement à sortir vos disques ou vous avez l'intention de présenter une écurie d'artiste ?
Au départ, l'idée est d'apprendre à le faire, autour de ce disque. Mais, très vite, on est dans le fantasme de sortir des singles avec des copains de Tucson, des split singles… Là, notre prochain truc prévu, c'est un split single avec Al Foul. (voir son MySpace). Et puis on veut sortir son album, en fait. Ce sera avec nos moyens, bien sûr. Le truc intéressant, c'est qu'on défend autant le groupe que le label et que notre prétention de sortir des choses un peu "minus", comme ça, ça motive également nos distributeurs. Donc ce n'est pas vraiment une écurie mais c'est une manière de dire : "Voilà ce que l'on propose, voilà ce que l'on veut faire", et ça permet de fidéliser un peu les équipes. On est un peu dans tout ça, de front.
Katerine et Dominique A ont démarré en même temps que vous, plus ou moins : quel regard portes-tu sur leurs parcours respectifs aujourd'hui ?
On a commencé en même temps mais on a toujours un peu été en marge de ces deux lascars. Ils ont eu des parcours un peu parallèles. Et finalement chacun à sa sauce. Philippe serait un peu McCartney et Dominique A serait plutôt John Lennon ! (rires).
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