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The French Cowboy : Even cowboys get the blues

13/10/07 - Rock - Entretien (2)

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Avec ces projets, tu t'es orienté vers des répertoires quasi exclusivement anglophones. Il y a bien une ou deux chansons en français mais le répertoire est très globalement en anglais et on se retrouve un peu dans l'exact contraire des Rabbits où les derniers disques étaient en français avec parfois de l'anglais. Est-ce que, pour le moment, tu n'envisages la composition qu'en anglais ?

En fait je crois que je n'envisage pas tellement… Comme je te le disais, quand j'ai arrêté les Rabbits, j'ai repris ma gratte dans l'idée de "chanter". Et quand je chante pour moi, c'est en anglais. J'ai du mal à être mélodique en français. Tout de suite, je me trouve très sceptique. Je trouve ça trop difficile et, dès que je chante en français, j'ai tendance à un peu moins être dans les mélodies. Or, après les Rabbits, j'avais vraiment envie de chanter, de retrouver quelque chose d'assez direct, des mélodies, des chansons assez simples, ce qui me manquait un peu à la fin des Rabbits. Ca me manquait de chanter des chansons : parce que j'aime ça, mine de rien. C'est un truc que j'avais un peu perdu. Et le fait de me retrouver seul, juste avec une gratte tout d'un coup faisait que je n'écrivais plus pour un carcan en particulier, je n'écrivais plus que pour moi. Avec aucun but spécifique, sauf celui de chanter. Donc, je me suis mis dans l'écriture en anglais, depuis deux ans, pour pouvoir chanter. J'ai tendance à chercher des mélodies qui me transportent pour pouvoir chanter dessus et là, j'ai tendance à les écrire en anglais. Par contre, après, j'aime toujours mettre quelques chansons en français car c'est quand même quelque chose qui te relie au monde dans lequel tu fais ta musique. Il y a quelque chose d'assez direct aussi, dans la parole, quand tu es français et que tu l'écoutes : un chat est un chat. J'aimerais bien faire aussi un disque en italien, tu vois… Pour moi, toutes les langues sont bonnes à prendre et chacune d'elle influe la musique qui va avec. J'aime bien l'idée d'exercice.

On a beaucoup parlé de ce qui montrait une rupture entre la période Rabbits et la période actuelle. Il y a peut-être une sorte de fil directeur, de point commun entre ces périodes, dans la personne de Gainsbourg dont on retrouve la marque un peu partout…

En fait, je ne sais pas… Tu vas me dire ton sentiment : Gainsbourg, est-ce que tu le retrouves dans La Ballade de Baby Face Nelson ou dans les trois chansons en français de l'album ?

Essentiellement dans La Ballade.

Voilà ! Parce que, là, c'est vraiment une boutade. Et c'est pour avoir souvent entendu dire que mes duos ressemblaient à du Gainsbourg que je l'ai fait et parce que Gainsbourg, c'est un des rares trucs français où je me retrouve. Enfin, c'est plutôt une musique que j'aime écouter qu'une musique où je me retrouve : je ne fais pas cette musique-là. Mais, là, sur ce titre, c'était trop évident. Quand ce truc m'est venu, "Tu t'appelles comment ?" , je me suis dit ": Merde ! Baby Face Nelson" ! Ca me faisait marrer donc je l'ai fait.

Ce serait une sorte d'horizon indépassable, pour toi, Gainsbourg, dans ce qui se fait en français ?

Indépassable, non. Je crois que, pour l'instant - et comme depuis longtemps -, je n'ai pas trop la curiosité du français, en tant qu'auditeur. Je n'écoute pas spécialement Gainsbourg, même si je l'ai beaucoup plus écouté à une époque. C'était une forme musicale dans laquelle je me retrouvais vraiment parce qu'il en a essayé tellement et qu'il a su mettre le français dedans assez heureusement. Mais, non, ce n'est pas indépassable. Je suis sûr qu'il y a des milliards de trucs formidables en français mais c'est mon oreille qui est comme ça…

J'imagine volontiers que tu as un rapport particulier au français car, dès le premier album des Rabbits, le seul morceau en français de l'album était une reprise : le seul morceau en français d'un groupe anglais, les Jazz Butchers…
Oui, c'est vrai. Mais je crois que le truc c'est que je viens quand même d'une culture anglo-saxonne et, quand j'ai commencé à écouter de la musique, c'était ces groupes et pas ce qui se faisait en France.

J'ai le sentiment que tes textes sont de nature différente selon qu'ils soient en français ou en anglais. Qu'en penses-tu ?

A mon avis, c'est lié à plusieurs choses. Premièrement, je ne maîtrise pas le français et l'anglais de la même façon. Quand j'écris dans une langue étrangère, j'écris avec mon langage dans cette langue étrangère. Donc, si je me mets à écrire des chansons en italien, j'aurais un vocabulaire encore plus restreint, qui ne me permet pas d'être précis. En anglais, j'ai une précision assez moyenne mais, par rapport à l'italien, je suis loin de la précision du français. Le français, c'est ma langue maternelle. Quand j'écris en français, je suis confronté à toute une culture de livres, de films et de chansons alors je suis obligé d'inventer mon monde particulier, pour que cela me plaise. Alors qu'en anglais, je crois que je peux être un peu plus middle of the road !

Est-ce bien d'Hemingway dont il est question dans Happy as can be ?

Oui, Le Vieil homme et la mer.

Je n'ai pas remarqué d'autres passages où tu citais une oeuvre : c'est ton auteur fétiche ?

Non. En fait, il y a pas mal de chansons, dans ce disque-là, qui sont dédicacées à une amie que j'avais, à la fac, qui est morte il y a quelques années ; il y a sept ou huit ans. C'était vraiment une super amie. On s'entendait vraiment bien et il se trouve que c'est un bouquin qu'on a étudié ensemble ; comme on se projetait tout le temps étant vieux - pas amants mais vieux amis -, je dis : "On ne sera jamais Le vieil homme et la mer". Il y a pas mal de chansons qui lui sont dédiées.

Ce sont donc des chansons sans doute plus autobiographiques que ce que tu faisais avec les Little Rabbits ?

Oui, je crois. Justement, après qu'on ait splitté le groupe, j'étais dans une espèce de sentiment de mort, quand même. J'étais vraiment assez loin. Un peu perdu. C'est pour ça que tout est un peu mélancolique. Je crois que j'ai beaucoup puisé dans cette ancienne copine et je crois que je m'étais installé pour quelques temps dans une espèce de peau. Il y avait quelque chose d'assez fort là-dedans et ça baignait autour d'elle, à travers des souvenirs, une nostalgie de quelque chose. C'est très lié : la mort de cette fille, la mort du groupe. Et avec cette mort, un espèce de besoin de balayer, de nettoyer, de gratter. Parce que j'ai écrit toutes ces chansons très rapidement. J'étais content d'être un mois dans cette espèce de chemin de croix. Oui, un chemin de croix, parce que je n'étais pas bien du tout. Donc, oui, c'est assez autobiographique, sans l'être tout le temps puisqu'il y a quand même des chansons plus légères.

En l'entendant, on sent bien que c'est plutôt quelque chose qui a été vécu qu'inventé…

Oui, mais je crois qu'en quittant le groupe, j'avais besoin d'être honnête. Et c'est quelque chose que je garde encore aujourd'hui, c'est-à-dire que je crois que j'ai arrêté d'être cynique ce jour-là. Parfois, dans les Rabbits, j'avais une écriture un peu comme ça, comme une espèce de violence et de camouflage en même temps. Après les Rabbits, j'ai eu besoin d'être honnête, au moins envers moi-même. Et je crois que j'ai fait une croix sur le cynisme. Comme un moyen de défense que je ne voulais plus trop utiliser. Je ne veux plus de second degré. J'aime bien l'idée de se mettre à poil. J'aime bien les gens qui se mettent à poil, ça m'aide à vivre. Je me nourris beaucoup de choses comme ça, en ce moment. J'écoute beaucoup de groupes féminins, parce que j'ai l'impression que les filles sont beaucoup plus sincères que les gars. En ce moment, j'écoute en boucle le PJ Harvey. Pour moi, c'est énorme, c'est trop beau. J'ai l'impression qu'elle est encore plus sincère qu'auparavant. J'écoute Au revoir Simone aussi mais, je ne sais pas si ça rentre dans la catégorie… Je n'ai pas eu le temps de voir en détail de quoi ça parle.

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