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Les Netocrates
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Ere de rien

C'est le laboratoire d'observation de la race humaine, moyenne, misérable ou merveilleuse. Toutes les espèces s'y croisent, de la pire ordure malodorante à la petite vertu en jupette à fleurs. Entrez. C'est gratuit.

Phobie Sociale Club

[08.02.10]
Elle avait été coach sportif pendant des années, à l’époque où elle vivait encore à Paris. Sa clientèle était faite de starlettes issues du monde de la mode, de la nuit et de la real TV : l’anorexie, la came et les dettes de sommeil, ça vous flingue un corps, même à 22 ans. Elle employait tous ses efforts à ralentir le vieillissement prématuré qui sévissait chez ses « chouchous ». Elle appelait chacun de ses clients comme ça, « Chouchou », et ils se sentaient spéciaux ; ils se sentaient presqu’aimés par cette peste, toujours en pantalon treillis et en débardeur kaki, quelle que soit la température au bois de Boulogne. Depuis le début du succès, ces jeunes cons étaient cernés par des suce-boules de toute sorte et n’écoutaient plus depuis longtemps leurs parents – tous des beaufs, des gagne-petit, des peigne-culs. Alors qu’elle, Loretta, exerçait sans peine une autorité proche de la tyrannie sur ces êtres en perdition. Elle avait un pouvoir unique. Sa silhouette et sa musculature lui donnaient toute la légitimité à abuser de son ascendant sur ses souffre-douleur. Elle qui avait tant été molestée par ses camarades de CP, qui avait encaissé l’aigreur de sa mère et l’absence de son père, aujourd’hui, elle prenait plaisir à rabaisser ses gagne-pain. Elle les malmenait, les insultait ; parfois, même, elle leur foutait des coups de pied avec ses rangeos et, au bout du compte, les petites vedettes en mal de réalité aimaient ça et en redemandaient.

Loretta, les traits figés et la peau cornée par l’abus de soleil et le tabac, faisait désormais dix ou douze ans de plus que son âge. Son corps s’était épaissi autant qu’affaissé. La psychose de ses clients avait commencé à gagner la dictatrice de la mode et elle avait atterri chez sa vieille mère en Lozère. C’était ça ou l’HP (hôpital psychiatrique). Depuis, elle aidait sa daronne à élever leur meute de chiens, fuyait tout ce qui était à peu près humain et montait tous les soirs dans sa chambre des boîtes de pâté et un flacon de ketchup. En regardant le programme de télé-réalité du moment, elle modelait des bites en mousse de foie de canard, les décorait délicatement de coulis de tomate et les engouffrait. Les unes derrière les autres, une-deux, une-deux.

Florence Alcaide Villanueva

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