Un quatrième album et une pochette en forme de note d’intention. Trois bombes joufflues croquées
façon pop art fondent sur l’innocent acheteur. Sur l’une d’elles,
« Wolfgang Amadeus Phoenix » s’étale crânement en lettres blanches à
la manière de ces messages potaches destinés à l’ennemi. Pour leur retour
(très) attendu, les quatre Frenchies de Phoenix lancent leur blitzkrieg pop,
s’offrent une offensive pastel pour nous chauffer les tympas et exploser les
préjugés. 37 minutes pour balayer définitivement les qualificatifs de
« fils à papa versaillais », de « phénomène branché » qui
leur a trop souvent collé à la peau. Si le succès a tardé dans l’Hexagone, le
reste du monde leur a réservé un excellent accueil. Phoenix s’impose sans
conteste comme la plus rentable appellation d’origine contrôlée sur le marché
du rock international, du moins comme l'une des seules formations à sonner
crédible en anglais, glanant au passage le titre de « meilleur groupe
français » décerné par le
NME. «
Belle pose, et
alors ? », diront les détracteurs. Alors, oui,
Wolfgang
Amadeus Phoenix (
« un titre, selon son
guitariste Branco,
à la fois sublime et grotesque »), est un
sacré bon album. Avec le collaborateur des débuts, Philippe Zdar (moitié de
Cassius) aux manettes, les gandins se paient même le luxe de faire mieux que
sur l’inspiré
It’s Never Been Like That.
Entrés dans leur studio parisien sans plan de bataille, Phoenix livre dix
perles pop intenses et s’éloigne un peu plus des mélodies funky et chaloupées
des débuts. Imparable bijou d'ouverture,
Lisztomania
donne le ton (le titre est inspiré du biopic rock et culte de Ken Russel avec
Roger Daltrey en un improbable Liszt à tignasse blonde). Phoenix fantasme
toujours l’alchimie pop parfaite, cisèle des mélodies à tomber, mais il
pratique aussi l’art délicat de la rupture. Mention spéciale à
Love Like A Sunset Part I, instrumental
fiévreux sur lequel plane l’ombre de Tangerine Dream (circa 1975).
1901, Rome, Armistice, autant de titres
que de références au passé, de bouts d’Histoire bricolés. C’est un peu ça la
formule Phoenix, garder un oeil dans le rétroviseur, ressusciter le lustre des
grands aînés (Roxy Music, Talking Heads, LouReed...) tout en cherchant à sortir
le rock de sa gangue consensuelle et des ses automatismes. Avec cette
collection de hits en puissance,
Wolfgang Amadeus Phoenix laisse sur le
carreau la meute de clones tristes du rock français et s’impose comme le
nouveau mètre-étalon du genre.
Rencontre / Entretien à l'Hôtel Amour - 17.04.09
Réalisé par : Arnaud Ducome / Montage : Julien Deschamps